Texte libre

C'est trop facile d'entrer aux églises
De déverser toute sa saleté
Face au curé qui dans la lumière grise
Ferme les yeux pour mieux nous pardonner

Tais-toi donc, grand Jacques
Que connais-tu du Bon Dieu
Un cantique, une image
Tu n'en connais rien de mieux

C'est trop facile quand les guerres sont finies
D'aller gueuler que c'était la dernière
Ami bourgeois vous me faites envie
Vous ne voyez donc point vos cimetières?

Tais-toi donc grand Jacques
Laisse-les donc crier
Laisse-les pleurer de joie
Toi qui ne fus même pas soldat

C'est trop facile quand un amour se meurt
Qu'il craque en deux parce qu'on l'a trop plié
D'aller pleurer comme les hommes pleurent
Comme si l'amour durait l'éternité

Tais-toi donc grand Jacques
Que connais-tu de l'amour
Des yeux bleus, des cheveux fous
Tu n'en connais rien du tout

Et dis-toi donc grand Jacques
Dis-le-toi bien souvent
C'est trop facile,
C'est trop facile,
De faire semblant.

Images aléatoires

Présentation

Qui sommes nous ?

 

Mimidd (Emilie), 22 ans.

Etudiante en Histoire à Lyon.

Passions : Histoire ^^, cinéma, musique (en particulier les artistes de la nouvelle scène française), littérature (surtout les classiques français et anglais).

 

Lilou (Hélène), 20 ans.

Etudiante en Infocom et en Science Politique à Lyon.

Passions : musique (Paul McCartney, Beatles, rock 60's/70's), journalisme.

Signe particulier : sort avec un mec né en Allemagne avec un nom portugais, un prénom russe et qui vit en France !

 

Mimy, 21 ans.

Etudiante en Lettres à Lyon.

Passions : les pandas, Rimbaud, les voyages, la littérature, le cinéma et les chansons à textes : ))

Vendredi 28 septembre 2007

"Se tuer, dans un sens, et comme au mélodrame, c'est avouer. C'est avouer qu'on est dépassé par la vie ou qu'on ne la comprend pas". (Albert Camus, Le mythe de Sisyphe)

Hier soir, je suis allée voir Control au cinéma. Dire que j'ai aimé serait un euphémisme.  Je suis une assidue des salles obscures depuis mon retour d'Allemagne, sans doute parce que la transition est encore difficile, je n'ai pas encore compris de quel côté de la frontière je me trouve, c'est un peu brutal. Et j'ai la chance d'habiter près d'un cinéma qui ne passe que des films de qualité, ou presque. J'avais aimé la force des héroïnes de 4 mois, 3 semaines et 2 jours, la nostalgie innocente de Persepolis, mais le film que je conseille entre tous est donc ControlDepuis que j'avais vu la bande-annonce, les images m'obsédaient. En particulier celle du charismatique Sam Riley, qui campe le personnage principal. Et l'histoire de ce chanteur issu de la mouvance new wave anglaise qui se pend un matin de printemps dans sa cuisine ne pouvait pas me laisser indifférente. Moi et les personnages poétiques et tourmentés, c'est une longue histoire.

Le héros s'appelle donc Ian Curtis, chanteur du groupe anglais Joy Division (rapport avec les bordels allemands, pas tout compris). Mais avant de parler de lui, je voudrais parler du film dans son ensemble, j'approfondirai la personnalité de Ian ensuite. Le film explique le suicide de Ian sans rien démontrer, certaines scènes anecdotiques nous laissent entrevoir une personnalité complexe, pleine de contradictions. L'histoire est tirée du livre de la veuve de Ian, Deborah Curtis. Ce qu'on peut reprocher au film, c'est ce point de vue partial. Dans leur couple, on ne voit qu'une Deborah pure et obéissante, humiliée par un mari égoïste et désinvolte. Je considère peu probable que dans un couple, les torts puissent venir uniquement d'un côté mais bon.. L'esthétique du film est impeccable; les lumières et les ombres, la façon dont bougent les corps.. Le film est entièrement tourné en noir et blanc, c'est pourquoi j'ai eu un peu de mal à entrer dans cet univers suranné. Et plus l'histoire prenait de l'ampleur, plus le noir et blanc prenait du sens; il y a toujours un décalage entre Ian et nous, on l'observe, on compatit mais le noir et blanc impose une distance respectueuse. On finit par regarder la vie du héros défiler comme une fatalité, on ne peut rien faire, le noir et blanc nous éloigne de lui, nous rappelle qu'il est d'une autre époque. On a l'impression d'assister à une tragédie, impuissants. Le noir et blanc permet une réflexion distancée, c'est ainsi que j'ai bien cogité. J'y reviendrai. 

 

Les dialogues semblent simples, je dirais même simplistes. Tout est banal, tranquille. Cette simplicité apparente tranche avec Ian, ses textes denses et graves, son mal-être et ses dérives. Les dialogues des films sont souvent mauvais, celui-là n'échappe pas à la règle; sauf lorsque c'est le vrai Ian qui parle, à travers ses textes, ses lettres et le souvenir des autres. Ian Curtis sauve le film, il aurait pu juste être un bon film, son personnage principal le rend meilleur. Les dialogues et le noir et blanc sont à l'image de la vie du héros, de sa lassitude et de ses dégoûts, sa vie est d'une banalité consternante : une famille qui l'aime sans le comprendre, une ville natale pauvre et ennuyeuse, quelques amis, un boulot sans intérêt, et bientôt un grand amour adolescent à-la-vie-à-la-mort, un mariage précoce et un enfant qui arrive comme un intrus, bien que désiré. Et une passion, pas la musique non. D'abord la poésie, l'amour de l'écriture. Autour de ses paroles tournoie la musique, rythmée et angoissante, dure, claustrophobe, enfermante. Ian le dit : la musique n'est pas toujours belle, parfois elle se doit de ne pas l'être. Il cite Wordsworth de tête, danse sur du Bowie. Il entre dans un groupe punk rock pour faire vivre ses passions. Jusque là, sans être heureux, il est confiant. Il sait où il va, il contrôle son monde. Il chancèle parfois, rien de grave. Par la suite, cet ancien monde contrôlé se fissure et il dérape. Il s'effondre une première fois : crise d'épilepsie. Pas de traitement fiable. Il a peur. Le succès du groupe surpasse ses attentes, on le jette en pâture à un public déchaîné. Il doute. Il trompe sa femme avec une séduisante journaliste belge. Il souffre. Et traîne partout une culpabilité lancinante.  

 Je suis ensuite vite partie dans des considérations métaphysiques (j'étudie la tragédie classique en cours, c'est peut-être lié). Ian, c'est la condition humaine dans toute sa splendeur. Ou plutôt dans ce qu'elle a d'injuste, d'incompréhensible, de révoltante. C'est l'histoire d'un garçon très lucide et paumé, paumé parce que lucide. Il se heurte aux concepts sartriens : isolé et indécis, son enfer c’est lui-même. Dans son dilemme amoureux, Ian voudrait qu'on choisisse pour lui, il est lâche et passif. Il doit affronter un choix effrayant, devant lequel il se dérobe sans cesse, il dit "oui" à son épouse, puis "oui" à sa maîtresse, il quitte l'une pour se jeter dans les bras de l'autre. Mais tous les baisers ont un goût amer. Il ne peut aimer, ne peut quitter. Il attend des réactions, panique, refuse à grands cris. Comme tout le monde, il veut ce qu'il n'a pas : sa femme est douce et soumise, sa maîtresse est libre et indépendante. Il les aime car elles s'opposent. Des pleurs dans le lit conjugal aux secrets avoués à sa maîtresse, on le voit perdre pied, pris de vertige par sa propre vie. Son épilepsie aggrave son désespoir. On a tous déjà eu l'impression de marcher au bord d'un gouffre, avec la peur de tomber. Ian vit ce gouffre dans son corps, chaque fois qu'il s'effondre, secoué par une violente crise, il mesure la fragilité de l'existence. Sa maladie n'est pas compatible avec les excès d'une vie de chanteur de rock, ses prestations sur scène ressemblent à des cérémonies sacrificielles, il frôle l'inconscience, la perte de conscience. Il est un peu raide, un peu brusque. Sa danse ressemble à ses crises d'épilepsie, qui le foudroient parfois sur scène sans que le public ne s'aperçoive de la différence.  La célébrité le terrifie à cause de ce qu'elle exige : il donne tout ce qu'il peut, il tremble de peur mais personne ne comprend. Les concerts s'enchaînent, Ian sent que sa santé se détériore, que le public réclame trop de lui. Et toujours cette peur -universelle je pense- de ne pas être à la hauteur, de décevoir. L'impression qu'on a beau aimer de tout son coeur, tout donner, ce n'est jamais assez. Les autres ne voient pas les efforts, la sueur et les larmes. Et les douleurs profondes. De la petite voix d'Antigone -mon héroïne préférée- Ian s'interroge : qu'est-ce que la vie me réserve encore ? Qu'est-ce que j'ai encore à endurer ?  Afin d'éviter d'avoir à y répondre, et parce que l'incertitude et la peur sont intenables, un jeune homme de 23 ans, épuisé et endolori, se pend dans sa cuisine le 18 Mai 1980 -la veille de la tournée américaine de Joy Division. Ian, par cet acte prévisible, a manifesté pour la dernière fois son angoisse de la vie. Sur sa tombe pour se souvenir : "Love Will Tear Us Apart" (probablement la plus belle chanson du groupe).

 

    Le vrai Ian Curtis 

 

 

 
Par Mimy - Publié dans : Le cinéma montre l'invisible
Ecrire un commentaire - Voir les 2 commentaires - Recommander
Retour à l'accueil

Commentaires

Oui, on a eu une bonne rentrée cinématographique, tellement de bons films à voir !!! J'espère que tu me diras si t'as aimé Control et Iaaaan ! ; ))
Commentaire n°1 posté par Mimy le 07/10/2007 à 02h35

Je n'ai pas encore vu ce film mais il me tarde de m'installer dans une salle obscure pour le découvrir... D'après ce que j'en ai vu, l'acteur principal a l'air plus que convaincant...


Tant de films à voir... c'est mieux ça que le contraire après tout ;)


Lili K.

Commentaire n°2 posté par Lili Kawaii le 28/09/2007 à 19h42
Créer un blog sur over-blog.com - Contact - C.G.U. - Rémunération en droits d'auteur - Signaler un abus