Texte libre

C'est trop facile d'entrer aux églises
De déverser toute sa saleté
Face au curé qui dans la lumière grise
Ferme les yeux pour mieux nous pardonner

Tais-toi donc, grand Jacques
Que connais-tu du Bon Dieu
Un cantique, une image
Tu n'en connais rien de mieux

C'est trop facile quand les guerres sont finies
D'aller gueuler que c'était la dernière
Ami bourgeois vous me faites envie
Vous ne voyez donc point vos cimetières?

Tais-toi donc grand Jacques
Laisse-les donc crier
Laisse-les pleurer de joie
Toi qui ne fus même pas soldat

C'est trop facile quand un amour se meurt
Qu'il craque en deux parce qu'on l'a trop plié
D'aller pleurer comme les hommes pleurent
Comme si l'amour durait l'éternité

Tais-toi donc grand Jacques
Que connais-tu de l'amour
Des yeux bleus, des cheveux fous
Tu n'en connais rien du tout

Et dis-toi donc grand Jacques
Dis-le-toi bien souvent
C'est trop facile,
C'est trop facile,
De faire semblant.

Images aléatoires

Présentation

Qui sommes nous ?

 

Mimidd (Emilie), 22 ans.

Etudiante en Histoire à Lyon.

Passions : Histoire ^^, cinéma, musique (en particulier les artistes de la nouvelle scène française), littérature (surtout les classiques français et anglais).

 

Lilou (Hélène), 20 ans.

Etudiante en Infocom et en Science Politique à Lyon.

Passions : musique (Paul McCartney, Beatles, rock 60's/70's), journalisme.

Signe particulier : sort avec un mec né en Allemagne avec un nom portugais, un prénom russe et qui vit en France !

 

Mimy, 21 ans.

Etudiante en Lettres à Lyon.

Passions : les pandas, Rimbaud, les voyages, la littérature, le cinéma et les chansons à textes : ))

Dimanche 21 octobre 2007

 

 

Berlin Alexanderplatz est considéré comme la plus grande oeuvre du cinéaste allemand.

 

C'est une grande fresque cinématographique qui traite de la vie des bas-fonds de cette place centrale (la place Alexandre pour les non-germanophones) de Berlin au temps des années sombres (chômage, pauvreté, crime, nazisme..). Rainer Werner Fassbinder a toujours été inspiré, voire obsédé par l'oeuvre sombre d'Alfred Döblin, un des plus grands auteurs de la littérature allemande. Pourtant, Fassbinder a eu l'idée d'insérer une musique belle et lancinante qui dit : "Freunde, das Leben ist lebenswert" (que je traduis par : Amis, la vie est vivable).

 Le génie de ce film -et du roman- est sa polyphonie. Dans le film, le réalisateur intègre après certaines scènes une page du roman à lire, et qui donne des précisions sur l'intériorité des personnages. Puis on voit souvent les personnages lire le journal, des récits de faits divers sont racontés en plein milieu d'une scène, ou parfois on voit le narrateur dériver et extrapoler. Je trouve que c'est une très bonne idée d'insérer les évènements du monde dans le film, c'est une bouffée d'air frais dans ce décor familier, dans cette société qu'on connaît trop bien. Ce qui rend le roman passionnant c'est cette curiosité du dehors, comme une maison ouverte aux quatre vents. Il n'y a rien de pire qu'un monde clos sur lui-même, qui finit par sentir le renfermé : les familles trop unies ou les couples fusionnels. "Familles je vous hais ! Foyers clos, portes refermées, possessions jalouses du bonheur." (André Gide)  

J'ai retenu deux citations en particulier de Berlin Alexanderplatz : 

 "Au lit elle était toute douce. [..] Et toujours un peu sérieuse. Il ne la comprenait pas entièrement".

  "La vie est trop courte pour les sentiments éternels". undefined

 

Mais ce qu'il y a de plus remarquable dans cette série, outre le jeu de l'acteur principal Günter Lamprecht et la réalisation de Fassbinder, ce sont les titres des épisodes. Ils retracent tout le parcours de désillusion du "héros" Franz Biberkopf. Il faut les lire pour le croire :  

1. Le châtiment va commencer (Die Strafe beginnt) 

2. Comment faut-il vivre quand on ne veut pas mourir ? (Wie soll man leben, wenn man nicht sterben will)

3. Un coup de marteau sur la tête peut blesser l'âme (Ein Hammer auf den Kopf kann die Seele verletzen)

4. Une poignée d'hommes dans la profondeur du silence (Eine Handvoll Menschen in der Tiefe der Stille)

5. Une faucheuse avec le pouvoir du bon Dieu (Ein Schnitter mit der Gewalt vom lieben Gott)

6. Un amour, ça coûte toujours beaucoup (Eine Liebe, das kostet immer viel)

7. Remarque : On peut toujours renier un serment (Merke : Einen Schwur kann man amputieren)

8. Le soleil chauffe la peau, la brûle parfois (Die Sonne wärmt die Haut, die sie manchmal verbrennt)

9. A propos de mille lieues qui séparent la masse des élus (Von den Ewigkeiten zwischen den Vielen und den Wenigen)

10. La solitude fait naître les fissures de la folie même dans les murs (Einsamkeit reißt auch in Mauern Risse des Irrsinns) => mon titre préféré

11. Savoir, c'est pouvoir et le monde appartient à ceux qui se lèvent tôt (Wissen ist Macht und Morgenstund hat Gold im Mund)

12. Le serpent dans l'âme du serpent (Die Schlange in der Seele der Schlange)

13. L'extérieur et l'intérieur, et le secret de la peur devant le secret (Das Äußere und das Innere und das Geheimnis der Angst vor dem Geheimnis) => celui-là aussi est bien

14. Epilogue - Rainer Werner Fassbinder : Mon rêve du rêve de Franz Biberkopf (Mein Traum vom Traum des Franz Biberkopf von Alfred Döblin - Ein Epilog)  

 Berlin Alexanderplatz est une série de 14 épisodes d'une heure chacun qui suit une période de la vie du personnage principal. Elle restitue l'histoire d'un type très pur et crédule, Franz Biberkopf, dans le Berlin misérable des années de la République de Weimar (vers 1927-1928). Enfermé pour le meurtre de sa maîtresse, il veut se racheter en sortant de prison. Mais être un honnête homme n'est pas si simple, et au fil des mauvaises rencontres, il se laisse entraîner dans des affaires un peu louches. Il court d'une malchance à un malheur, finit par perdre un bras et toutes ses illusions. Enfin, il se retrouvera enfermé dans un hôpital psychiatrique. Le film est désespérant et reflète la vision pessimiste de Fassbinder sur l'humanité. Le personnage principal est un bonhomme sincèrement bon, qui se laisse dépasser par la vie. Il est d'un pathétique insoutenable. Dans son entourage, les hommes sont lâches, traîtres, sans espoir, et les femmes sont de gentilles créatures, bonnes poires, qui balancent toujours entre soumission et hystérie. Fassbinder nous donne à voir une humanité basse et pitoyable, sans Dieu ni aucune transcendance, qui se bat pour sa survie, seuls les plus forts et les plus corrompus s'en sortiront. Les femmes y sont les tendres victimes des machiavéliques affaires masculines, leur monnaie d'échange et leur seule communication. L'homme est le bourreau de la femme, mais l'homme est aussi le bourreau de l'homme. Le langage ne tient pas sa fonction, les secrets sont profondément enfouis, les personnages se confient en vain; à l'image du personnage principal qui se lamente perpétuellement sans pouvoir se faire entendre. 

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 R. W. Fassbinder est mort à 37 ans d'une rupture d'anévrisme. 
Par Mimy - Publié dans : Le cinéma montre l'invisible
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