Texte libre

C'est trop facile d'entrer aux églises
De déverser toute sa saleté
Face au curé qui dans la lumière grise
Ferme les yeux pour mieux nous pardonner

Tais-toi donc, grand Jacques
Que connais-tu du Bon Dieu
Un cantique, une image
Tu n'en connais rien de mieux

C'est trop facile quand les guerres sont finies
D'aller gueuler que c'était la dernière
Ami bourgeois vous me faites envie
Vous ne voyez donc point vos cimetières?

Tais-toi donc grand Jacques
Laisse-les donc crier
Laisse-les pleurer de joie
Toi qui ne fus même pas soldat

C'est trop facile quand un amour se meurt
Qu'il craque en deux parce qu'on l'a trop plié
D'aller pleurer comme les hommes pleurent
Comme si l'amour durait l'éternité

Tais-toi donc grand Jacques
Que connais-tu de l'amour
Des yeux bleus, des cheveux fous
Tu n'en connais rien du tout

Et dis-toi donc grand Jacques
Dis-le-toi bien souvent
C'est trop facile,
C'est trop facile,
De faire semblant.

Images aléatoires

Présentation

Qui sommes nous ?

 

Mimidd (Emilie), 22 ans.

Etudiante en Histoire à Lyon.

Passions : Histoire ^^, cinéma, musique (en particulier les artistes de la nouvelle scène française), littérature (surtout les classiques français et anglais).

 

Lilou (Hélène), 20 ans.

Etudiante en Infocom et en Science Politique à Lyon.

Passions : musique (Paul McCartney, Beatles, rock 60's/70's), journalisme.

Signe particulier : sort avec un mec né en Allemagne avec un nom portugais, un prénom russe et qui vit en France !

 

Mimy, 21 ans.

Etudiante en Lettres à Lyon.

Passions : les pandas, Rimbaud, les voyages, la littérature, le cinéma et les chansons à textes : ))

La littérature est l'essentiel, ou n'est rien

Dimanche 12 novembre 2006
La terre est bleue comme une orange
Jamais une erreur les mots ne mentent pas
Ils ne vous donnent plus à chanter
Au tour des baisers de s'entendre
Les fous et les amours
Elle sa bouche d'alliance
Tous les secrets tous les sourires
Et quels vêtements d'indulgence
À la croire toute nue.

Les guêpes fleurissent vert
L'aube se passe autour du cou
Un collier de fenêtres
Des ailes couvrent les feuilles
Tu as toutes les joies solaires
Tout le soleil sur la terre
Sur les chemins de ta beauté.

Paul Éluard, Capitale de la douleur
Par Mimy
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Mardi 12 décembre 2006

    Un téléfilm sur Sartre est diffusé actuellement à la télévision française, et je me sens frustrée de ne pouvoir le regarder. Je tenterai donc de me consoler en écrivant un article sur cet immense écrivain-philosophe; et je me concentrerai en particulier sur l'amitié qui l'a uni à Camus pendant près d'une décennie. Je retrace ci-dessous les grandes lignes d'une amitié exigeante.

 

Jean-Paul Sartre

   "Je n’essaie pas de protéger ma vie après coup par ma philosophie, ce qui est salaud, ni de conformer ma vie à ma philosophie, ce qui est pédantesque, mais vraiment, vie et philo ne font plus qu’un."

   "A moitié victime, à moitié complice, comme tout le monde."

   Sartre est issu d'une famille aisée, son père est polytechnicien, et du côté de sa mère il descend d'une longue lignée d'intellectuels et de professeurs alsaciens. Enfant solitaire et curieux, il grandit choyé par sa mère et son grand-père Schweitzer. Il va en classe au lycée Henri IV à Paris, fait hypokhâgne et khâgne au lycée Louis-le-Grand avant d'intégrer l'Ecole Normale Supérieure ("l’école prétendue normale et dite supérieure" comme la définissait Paul Nizan). Il poursuit ses études et devient agrégé de philosophie en 1929, en même temps que Simone de Beauvoir. Il se destine au professorat.

Albert Camus

    "Je tire ainsi de l'absurde trois conséquences qui sont ma révolte, ma liberté et ma passion. Par le seul jeu de la conscience, je transforme en règle de vie ce qui était invitation à la mort — et je refuse le suicide."

   "Au milieu de l'hiver, j'ai découvert en moi un invincible été."

   Le parcours de Camus, le cadet de Sartre de huit ans, est sensiblement plus ardu. Il naît dans une famille très pauvre; son père, ouvrier agricole, meurt pendant la première guerre mondiale et sa mère, femme de ménage, est analphabète et à moitié sourde. Il est élevé par une grand-mère autoritaire. Encouragé par son instituteur, il obtient une bourse pour poursuivre ses études. Sa santé se dégrade et vers 1930, il apprend qu'il souffre de la tuberculeuse. Pourtant cela ne l'empêche pas de continuer à jouer au football, à nager et à faire de brillantes études sous le soleil algérien. Il va à l'université et en sort avec une licence de philosophie. Il devient journaliste.

 

L'Estime et l'Amitié

   Ils ne se rencontreront qu'en 1943, cependant les deux hommes s'admirent déjà mutuellement à travers leurs écrits respectifs. Camus est l'un des premiers journalistes à saluer la sortie des livres de Sartre, il dit de La Nausée, paru en 1938 : "Et vivre en jugeant que cela est vain, voilà qui crée l'angoisse. A force de vivre à contre-courant, un dégoût, une révolte transporte tout l'être, et la révolte du corps, cela s'appelle la nausée." En 1939, à la sortie de Le Mur : "(…) des personnages arrivés aux confins d'eux-mêmes et trébuchant contre une absurdité qu'ils ne peuvent dépasser. C'est contre leur propre vie qu'ils butent, et, si j'ose dire, par excès de liberté." Il voit en Sartre un auteur "du talent le plus rare".

   En pleine guerre, à l'occasion de la représentation de Les Mouches, Camus se présente à Sartre. Ils ont un même goût pour le théâtre. Au cours de cette année-là, Sartre s'enthousiasme à son tour en lisant L'Etranger (1942) et considère que c'est " Un court roman de romaliste [...] très proche, au fond, d'un conte de Voltaire." Il conclut en trouvant chez Meursault une "grâce de l'absurde". En parlant de l'exécution de Meursault : "(...) son absurdité ne nous paraît pas conquise mais donnée : il est comme ça, voilà tout. Il aura son illumination à la dernière page, mais il vivait depuis toujours selon les normes de M. Camus. S'il y avait une grâce de l'absurde, il faudrait dire qu'il a la grâce."

   En 1945, dans une interview pour le magazine américain Vogue, Sartre annonce l'importance du jeune auteur : "... Il est probable que dans l'œuvre sombre et pure de Camus se puissent discerner les principaux traits des lettres françaises de l'avenir. Elle nous offre la promesse d'une littérature classique, sans illusions, mais pleine de confiance en la grandeur de l'humanité; dure, mais sans violence inutile, passionnée mais retenue... une littérature qui s'efforce de peindre la condition métaphysique de l'homme tout en participant pleinement aux mouvements de la société."

   Camus, très engagé dans la résistance, fait entrer Sartre au journal Combat. Après la Libération, ils continuent leur collaboration et Sartre écrit, à la demande de Camus, des articles sur l'Amérique. Tous deux entendent donner à leurs oeuvres une nouvelle dimension en participant aux combats de leur temps. Sartre nomme Camus co-directeur de sa nouvelle revue Les Temps Modernes fondée en 1945.

 

 Les Divergences

   En Août 1945, le monde est bouleversé d'apprendre la fin de la guerre et les dramatiques conséquences de la bombe d'Hiroshima. Camus réagit dans Combat en s'inquiétant de l'utilisation d'une telle invention, tandis que Sartre, dans les colonnes du premier numéro de Les Temps Modernes, y cherche une signification métaphysique.

   Pendant la période de l'après-guerre, le mouvement de pensée mené par Sartre se fait connaître. L'existentialisme, c'est une formule : "L'existence précède l'essence". C'est aussi un lieu : Saint-Germain-des-prés; le café de Flore en particulier. Et des visages : ceux de Sartre et de Simone de Beauvoir. Le grand public rattache également au mouvement Merleau-Ponty et Camus. Pourtant ce dernier s'en défend : "Sartre et moi nous nous étonnons toujours de voir nos deux noms associés. Nous pensons même publier un jour une petite annonce où les soussignés avoir rien en commun et se refuseront à répondre des dettes qu'ils pourraient contracter respectivement. Car enfin, c'est une plaisanterie. (...) Sartre est existentialiste, et le seul livre d'idées que j'ai publié: Le Mythe de Sisyphe, était dirigé contre les philosophes existentialistes."

   Camus refuse l'étiquette d'"existentialiste", il refuse surtout d'être considéré comme un philosophe et répète à qui veut l'entendre : "Je suis un artiste et non un philosophe." En effet, son écriture, symbolique et sensible, est bien loin de la logique et de la rigueur philosophique de celle de Sartre.

   Sartre et Camus continuent à se fréquenter et partagent un petit cercle d'amis intimes. Beauvoir retranscrira cette époque dans son roman Les Mandarins.

   Pourtant, Camus se sent rejeté par ce milieu du fait de ses origines. Il ne cache pas non plus un désaccord profond, qui ne cessera de les séparer, lorsqu'il remarque dans son article sur La Nausée de 1938 : "Car l'erreur d'une certaine littérature, c'est de croire que la vie est tragique parce qu'elle est misérable. Elle peut être bouleversante et magnifique, voilà toute sa tragédie. Sans la beauté, l'amour ou le danger, il serait presque facile de vivre. Et le héros de M. Sartre n'a peut-être pas fourni le vrai sens de son angoisse lorsqu'il insiste sur ce qui lui répugne dans l'homme, au lieu de se fonder sur certaines de ses grandeurs des raisons d'espérer. Constater l'absurdité de la vie ne peut être une fin, mais seulement un commencement."

La "Brouille"

   Sartre, pour qui le marxisme comme philosophie est "une vérité indépassable", cherche une solution entre le capitalisme et le stalinisme. Il adhère au nouveau parti politique de David Rousset, le RDR (Rassemblement Démocratique Révolutionnaire), qui échoue, et se tourne alors vers le communisme. Pour lui, l'engagement en faveur de la révolution prend le pas sur les crimes staliniens. Camus le désapprouve.

   Leur amitié se rompt de façon brutale et définitive lors de la sortie de L'Homme révolté de Camus en 1952. Dans ce livre, Camus déclare : "Je me révolte, donc nous sommes" et "Le seul problème moral vraiment sérieux, c'est le meurtre". Il pose la question de la révolte de l'homme qui trouve son aboutissement dans des Etats policiers et concentrationnaires pour mieux dénoncer les camps mis en place par Staline. C'est un article de Francis Jeanson, collaborateur de Sartre pour la revue Les Temps Modernes, qui va tout déclencher. Jeanson fait une critique acerbe du livre de Camus, il lui reproche sa révolte métaphysique, "délibérément statique", qui le place au dessus des "urgences de l'histoire". Il l'accuse d'être réactionnaire et de jouer le jeu de la droite. Camus, blessé, ignore Jeanson et répond directement à Sartre : "(..) je commence à être un peu fatigué de me voir, et de voir surtout de vieux militants qui n'ont jamais rien refusé des luttes de leur temps, recevoir sans trêves leurs leçons d'efficacité de la part de censeurs qui n'ont jamais placé que leur fauteuil dans le sens de l'histoire (..)". Il défie Sartre de pouvoir justifier l'existence des camps.

   Sartre lui répond par une lettre virulente, pleine de mépris, qui mettra fin à leur amitié : "Un mélange de suffisance sombre et de vulnérabilité m'a toujours découragé de vous dire des vérités entières … Il se peut que vous ayez été pauvre, mais vous ne l'êtes plus. Vous êtes un bourgeois comme Jeanson et comme moi … Votre morale s'est d'abord changée en moralisme, aujourd'hui elle n'est plus que littérature, demain elle sera peut-être immoralité.". Et encore : "Mais dites-moi, Camus, par quel mystère ne peut-on discuter vos oeuvres (..) ? Mon Dieu, Camus, comme vous êtes sérieux, et, pour employer un de vos mots, comme vous êtes frivole ! Et si votre livre témoignait simplement de votre incompétence philosophique ? S'il était fait de connaissances ramassées à la hâte de seconde main ? .. Avez-vous si peur de la contestation ? Je n'ose vous conseiller de vous reporter à la lecture de L’Etre et le Néant, la lecture vous en paraîtrait inutilement ardue. Vous détestez les difficultés de pensée". Au sujet des camps, il écrit : "Oui, Camus, je trouve comme vous que ces camps sont inadmissibles : mais inadmissible tout autant l'usage que la "presse bourgeoise en fait chaque jour. (..) Pourquoi faut-il que vous vous fassiez protéger par tout un univers de valeurs intangibles au lieu de combattre contre nous - ou avec nous... (..)".

   Dans sa dernière lettre à Camus, Sartre lui confie : "Notre amitié n'était pas facile, mais je la regretterai. Si vous la rompez aujourd'hui, c'est sans doute qu'elle devait se rompre. Beaucoup de choses nous rapprochaient, peu nous séparaient. Mais ce peu était encore trop : l'amitié, elle aussi, tend à devenir totalitaire : il faut l'accord en tout ou la brouille." Il montre ensuite qu'il a conscience qu'ils sont à un tournant : "…c’est la fin d’une relation personnelle et celle d’une période historique."

   Dans La Chute (1956), Camus explique les raisons de sa rupture avec l'existentialisme de Sartre.

   Sartre rompra lui aussi avec le Parti communiste après l'insurrection de Budapest en 1956. Son nouveau combat est pour l'indépendance de l'Algérie et il soutient le FLN. Camus, quant à lui, est plus discret sur cette nouvelle guerre. Etant pied-noir, il espère un compromis qui accordera des droits égaux à toutes les populations d'Algérie et appelle à "la trêve civile". En 1957, Camus reçoit le prix Nobel de littérature, distinction que Sartre refusera sept ans plus tard. Camus disparaît peu après, en 1960, dans un accident de voiture.

 

Après la mort de Camus

   Quelques jours après la mort de Camus, Sartre lui rend hommage dans un petit texte :

   "Il avait choisi le silence. Mais il était de ces hommes rares, qu'on peut bien attendre parce qu'ils choisissent lentement et restent fidèles à leur choix."
"Il représentait en ce siècle, et contre l'Histoire, l'héritier actuel de cette longue lignée de moralistes dont les oeuvres constitutent peut-être ce qu'il y a de plus original dans les lettres françaises. Son humanisme têtu, étroit et pur, austère et sensuel, livrait un combat douteux contre les évènements massifs et difformes de ce temps. Mais, inversement, par l'opiniâtreté de ses refus, il réaffirmait, au coeur de notre époque, contre les machiavéliens, contre le veau d'or du réalisme, l'existence du fait moral."

   "Nous étions brouillés, lui et moi : une brouille n'est rien, tout juste une autre manière de vivre ensemble et sans se perdre de vue dans le monde étroit qui nous est donné. Cela ne m'empêchait pas de penser à lui, de sentir son regard sur la page du livre, sur le journal qu'il lisait et de me dire : Qu'en dit-il ? Qu'en dit-il en ce moment ?".     

 

 

 

 
Par Mimy
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Jeudi 18 janvier 2007

 J'ai fait un exposé sur le libertinage dans le livre Les liaisons dangereuses de Choderlos de Laclos. Je ne sais pas comment on appelle ça mais après un gros devoir, je reste hantée pendant longtemps. Je ne résiste donc pas à mon envie de parler de ce livre et de Choderlos de Laclos encore..

   Quelques mots sur le libertinage : son étymologie est libertinus qui signifie affranchi en latin. Il apparaît sous Henri IV et Louis XIII et se développe tout au long du XVIIe et XVIIIe siècle. Le libertinage est d'abord une revendication d'indépendance vis-à-vis de l'Etat, l'Eglise et la Tradition. Les libertins sont des libres-penseurs et des savants. C'est le libertinage érudit. Au siècle suivant les Lumières reprennent cette notion d'esprit critique des libertins et leur "humanisme". En même temps, on voit apparaître le libertinage dit "de moeurs". Les libertins sont menacés par l'Eglise et sont contraints, pour se protéger, d'utiliser un langage allusif, ironique et plein de sous-entendus..

   Les deux libertins de Laclos répondent bien à tous ces critères, ils sont intelligents, libres et débauchés. On finit par s'y attacher malgré le fait qu'ils soient machiavéliques, pervers et impitoyables. Leurs victimes sont tellement dévotes ou niaises qu'elles ne peuvent qu'inspirer le mépris. Laclos ne punira pas franchement les coupables d'ailleurs (en cela, ce livre est loin d'être "moral") puisque le Vicomte de Valmont trouve la rédemption dans la mort, et la Marquise de Merteuil parvient à s'enfuir avec une partie de sa fortune.

   Laclos semble même mettre en avant le caractère exceptionnel de cette dernière; féministe avant la lettre. Elle manipule son monde; dévote au milieu des femmes, libertine avec ses amants. Elle se sent supérieure à tous : elle jouit de son pouvoir sur les hommes : "Ces tyrans détrônés devenus mes esclaves". Elle veut, dit-elle, "venger mon sexe" mais elle n'est pas plus tendre avec les femmes : "mes principes (..) ne sont pas, comme ceux des autres femmes, donnés au hasard, reçus sans examen et suivis par habitude, ils sont le fruit de mes profondes réflexions; je les ai créés, et je puis dire que je suis mon ouvrage". A cette époque où les femmes ne peuvent choisir qu'entre un mariage arrangé ou le couvent (les plus brillantes ouvrent des Salons), Laclos met en scène une femme forte, indépendante, qui maîtrise sa vie. Il a écrit (j'ai été surprise de l'apprendre !) un traité sur l'éducation des femmes dans lequel il dénonce leur "esclavage", il défend la femme, qui est naturellement l'égale de l'homme, mais il ajoute que dans la société de l'Ancien Régime, toute femme est esclave et que pour compenser son manque de force, elle est obligée d'utiliser la ruse et l'hypocrisie comme la Marquise de Merteuil !

   Les deux libertins, qui pratiquent l'irreligion à un haut degré, ont des phrases d'une vanité absolue, ils recherchent la puissance et la gloire à l'égal des dieux : "J'oserai la ravir au dieu même qu'elle adore (..). Je serai vraiment le Dieu qu'elle aura préféré" (Valmont), " Me voilà comme la Divinité.." (Merteuil).

   Ils suivent leurs principes et non les sentiments, qu'ils méprisent : "Vous voilà donc à la campagne, ennuyeuse comme le sentiment et triste comme la fidélité !" (Valmont).

   Je suis à chaque lecture impressionnée par la pureté et la perfection de la langue de Laclos. Je voudrais mettre ici la lettre écrite par la Marquise de Merteuil et envoyée par le Vicomte de Valmont à sa douce maîtresse :

" On s'ennuie de tout, mon Ange, c'est une Loi de la Nature; ce n'est pas ma faute. "

" Si donc je m'ennuie aujourd'hui d'une aventure qui m'a occupé entièrement depuis quatre mortels mois, ce n'est pas ma faute. "

" Si, par exemple, j'ai eu juste autant d'amour que toi de vertu, et c'est sûrement beaucoup dire, il n'est pas étonnant que l'un ait fini en même temps que l'autre. Ce n'est pas ma faute. "

" Il suit de là que depuis quelque temps je t'ai trompée: mais aussi, ton impitoyable tendresse m'y forçait en quelque sorte! Ce n'est pas ma faute. "

" Aujourd'hui, une femme que j'aime éperdument exige que je te sacrifie. Ce n'est pas ma faute. "

" Je sens bien que voilà une belle occasion de crier au parjure: mais si la Nature n'a accordé aux hommes que la constance, tandis qu'elle donnait aux femmes l'obstination, ce n'est pas ma faute. "

" Crois-moi, choisis un autre Amant, comme j'ai fait une autre Maîtresse. Ce conseil est bon, très bon; si tu le trouves mauvais, ce n'est pas ma faute. "

" Adieu, mon Ange, je t'ai prise avec plaisir, je te quitte sans regret: je te reviendrai peut-être. Ainsi va le monde. Ce n'est pas ma faute. "

   C'est sans doute la meilleure lettre de rupture de la littérature, ah oui celle que Rodolphe envoie à Emma n'est pas mal non plus, lui qui veut la tromper en mouillant la lettre avec de l'eau pour imiter les larmes..!!

   Pour apprécier toute la virtuosité et le cynisme de Laclos, il faut lire la fameuse lettre enflammée de Valmont à Madame de Tourvel qu'il a écrite tout simplement sur le corps d'une courtisane ! Les phrases à double-entente sont sublimes et drolatiques.

   J'espère que cet article vous donnera l'envie de (re)découvrir ce chef-d'oeuvre romanesque. Un très bon film a été réalisé par Stephen Frears avec Glenn Close et John Malkovich dans les rôles principaux. Mimidd est plus apte à en parler que moi si elle l'a vu..

Par Mimy
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Mercredi 24 janvier 2007

Pour changer un peu, parlons littérature ... bon, j'avoue, on ne s'éloigne pas trop de l'univers ciné puisque que le roman dont je vais parler fait l'objet d'une adaptation sur grand écran ^^

The Painted Veil (La passe dangereuse) est un roman de William Somerset Maugham, publié en 1925. Si vous voulez en savoir plus sur cet auteur anglais né et mort en France ^^, qui a eu une vie bien remplie, il y a un article très complet en anglais sur Wikipédia.



L'histoire : Kitty Fane est la jeune et jolie épouse de Walter, un bactériologiste en poste à Hong Kong. Mais la jeune femme n'éprouve aucun sentiment pour son époux, si ce n'est de l'indifférence. Pour chasser son ennui, la frivole Kitty entame une liaison avec Charles Townsend, un séduisant diplomate. Quand Walter l'apprend, il oblige son épouse infidèle à le suivre au fin fond de la Chine, dans une région dévastée par le choléra et qui manque cruellement de médecins ...


Mon avis : J'ai beaucoup aimé ce roman, qui raconte l'histoire d'une femme en quête de rédemption ...

 

Kitty est le personnage principal, c'est à travers ses yeux que les événements et les autres personnages sont perçus. Dès le début, elle apparait comme une jeune femme futile et idiote, mais on se rend compte au fur et à mesure du roman qu'elle est loin d'être aussi bête et insensible qu'on pourrait le croire. La jeune femme égoïste, insouciante, frivole du début devient progressivement une femme qui s'éveille au monde, et aux valeurs essentielles de la vie. Malgré tous ses défauts, on ne peut s'empêcher d'éprouver de la tendresse pour ce bout de femme solitaire qui se cherche.


Mais le personnage qui m'a vraiment émue, c'est Walter . Walter, que l'on ne voit qu'à travers les yeux de Kitty qui n'arrivera jamais à comprendre véritablement cet homme si différent d'elle, si timide, si introverti, mais qui l'aime à la folie. Walter dont les sentiments apparaissent en filigrane dans le roman, lorsqu'on prend la peine de lire entre les lignes. Pour Kitty, Walter est un homme froid, glaçant même, insensible, dur . Mais en lisant entre les lignes, on découvre un homme extrêmement intelligent, un homme amoureux fou de sa femme, prêt à tout pour elle, même à renier sa nature, mais qui reste en même temps très lucide. Un homme terrassé par la découverte de la trahison de son épouse, et incapable de laisser éclater sa souffrance au grand jour. Qui, au contraire, se compose un masque de froideur et d'indifférence, alors que son coeur est broyé. Et qui cherche à noyer son chagrin en se dévouant tout entier à ses malades, tout en faisant subir à son épouse une cruelle vengeance ...

Bref, un être bourré de contradictions, à l'image de la déclaration d'amour qu'il jette au visage de Kitty, une déclaration à la fois horrible et touchante ...

Walter, le feu sous la glace, qui apparait peu en chair et en os dans le roman, mais qui, finalement, le marque profondément de sa présence invisible.


Petit avertissement : le roman ne dégouline absolument pas de bons sentiments et de romance à l'eau de rose ... Avec son style sans fioriture et qui touche à la vérité des sentiments, W.S. Maugham parle dans The Painted Veil de la vie, dans sa beauté, et surtout dans sa cruauté. Cruauté de l'amour non partagé, de la solitude, de la mort ...

 

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Extrait en anglais (Désolée pour les non anglophones, mais je l'ai lu seulement en vo) : Walter vient d'annoncer à Kitty qu'il s'est porté volontaire pour combattre l'épidémie de choléra ...

 

He spoke almost flippantly and when she glanced at him she was surprised to see in his eyes a gleam of mockery. She could not understand.

"But won't it be awfully dangerous ?"

"Awfully."

He smiled. It was a derisive grimace. She leaned her forehead on her hand. Suicide. It was nothing short of that. Dreadful ! She had not thought he would take it like that. She couldn't let him do that. It was cruel.It was not her fault if she didn't love him. She couldn't bear the thought  that he should kill himself for her sake. Tears flowed softly down her cheeks.

"What are you crying for ?"

His voice was cold.

"You're not obliged to go, are you ?"

"No, I go of my own free will."

"Please, don't, Walter. It would be too awful if something happened. Supposing you died ?"

Though his face remained impassive the shadow of a smile once more crossed his eyes. He did not answer.

"Where is this place ?" she asked after a pause.

"Mei-tan-fu ? It's on a tributary of the Western River. We should go up the Western River and then by chair."

"Who is we ?"

"You and I."

She looked at him quickly. She thought she had heard amiss. But now the smile in his eyes had travelled to his lips. His dark eyes were fixed on her.

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Je vous disais donc au début de cet article que ce magnifique roman était adapté au cinéma (The Painted Veil / Le Voile des Illusions - sortie en salles le 7 mars 2007) . Avec dans les rôles principaux, Edward Norton et Naomi Watts : ) . D'après les échos que j'ai pu avoir, c'est un film magnifique, tant pour les paysages, la musique (composée par Alexandre Desplat qui a gagné un Golden Globe la semaine dernière pour ce film), et la prestation des acteurs. Il faut souligner que les relations entre Kitty et Walter ont quelque peu été modifiées, donnant ainsi au film une dimension beaucoup plus romantique. Et çà ne me dérange absolument pas, le roman étant quand même assez cruel ...

Donc, si tout ce que j'ai dit dans cet article vous intéresse (j'espère !), je vous conseille de lire le roman avant de voir l'adaptation, car vous risquez d'être un peu déçu, alors que le roman est vraiment magnifique ...

 

Trailer en anglais de The Painted Veil :

 
Perso, j'adore !
Par Mimidd
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Dimanche 4 février 2007

Un article pour vous faire découvrir, si vous ne les connaissez pas déjà, deux poèmes sur la fin des amours. Le premier amour se termine de manière banale et naturelle, comme se terminent la plupart des amours : on se quitte par lassitude en gardant au fond de soi une éternelle tendresse.. Le deuxième se termine plus tragiquement puisque c'est la mort qui sépare les deux amants. Bonne lecture !

 

ALLEGEANCE

Dans les rues de la ville, il y a mon amour.
Peu importe où il va dans le temps divisé.
Il n'est plus mon amour : chacun peut lui parler.
Il ne se souvient plus qui, au juste, l'aima.

Il cherche son pareil dans le voeu des regards.
L'espace qu'il parcourt est ma fidelité.
Il dessine l'espoir, puis, léger, l'éconduit.

Je vis au fond de lui comme une épave heureuse.
A son insu, ma liberté est son trésor !
Dans le grand méridien où s'inscrit son essor,
Ma solitude se creuse.

Dans les rues de la ville, il y a mon amour.
Peu importe où il va dans le temps divisé.
Il n'est plus mon amour : chacun peut lui parler.
Il ne se souvient plus qui, au juste, l'aima
Et l'éclaire de loin pour qu'il ne tombe pas !

René Char

 

 

FUNERAL BLUES (Ce poème a été entendu dans Quatre mariages et un enterrement)

Stop all the clocks, cut off the telephone,
Prevent the dog from barking with a juicy bone,
Silence the pianos and with muffled drum
Bring out the coffin, let the mourners come.

Let aeroplanes circle moaning overhead
Scribbling on the sky the message He Is Dead,
Put crepe bows round the white necks of the public doves,
Let the traffic policemen wear black cotton gloves.

He was my North, my South, my East and West,
My working week and my Sunday rest,
My noon, my midnight, my talk, my song ;
I thought that love would last for ever : I was wrong.

The stars are not wanted now : put out every one ;
Pack up the moon and dismantle the sun ;
Pour away the ocean and sweep up the wood.
For nothing now can ever come to any good.

Wystan Hugh Auden . 1907-1973

Traduction :

"Arrêtez les pendules, coupez le téléphone,
Empêchez le chien d'aboyer avec un os juteux.
Faites taire les pianos, et voilez les tambours,
Pour sortir le cercueil et introduire le deuil.
Que les avions, gémissant carrousel,
Tracent de leur sillage "IL EST MORT" dans le ciel.
Au cou blanc des colombes, nouez un crêpe noir,
De noir coton gantez les agents aux carrefours.

Il était mon Nord, mon Sud, mon Est et mon Ouest,
Ma semaine de travail, mon dimanche de sieste,
Mon midi, mon minuit, ma parole, ma chanson.
Je croyais l'amour éternel, j'avais tort.

Eteignez une à une les étoiles importunes
Démontez le soleil et remballez la lune,
Videz l'océan, balayez la forêt,
Car rien de bon ne peut plus advenir désormais."

(Traduction J.B) 

Par Mimy
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Jeudi 17 mai 2007

J'aime Jacques Brel et Barbara que je considère comme des poètes.

Je voue un culte à Barbara car elle exprime bien ce que je ressens, avec des mots toujours justes. Je me reconnais dans son atmosphère brumeuse et nostalgique. Petit aperçu de son univers avec quelques extraits sur des sujets récurrents chez elle :

Mon enfance :

Et j'aimais cela. Quand j'y pense
où mes printemps, où mes soleils,
où mes folles années perdues,
où mes quinze ans, où mes merveilles -
que j'ai mal d'être revenue -
où les noix fraîches de septembre
et l'odeur des mûres écrasées,
c'est fou, tout, j'ai tout retrouvé.

Nantes, sur le deuil, avec quelques vers simples et délicats, dignes de Verlaine je trouve :

Il pleut sur Nantes
Donne-moi la main
Le ciel de Nantes
Rend mon cœur chagrin

Dis, quand reviendras-tu sur l'amour à distance :

Le printemps s'est enfui depuis longtemps déjà,
Craquent les feuilles mortes, brûlent les feux de bois,
A voir Paris si beau dans cette fin d'automne,
Soudain je m'alanguis, je rêve, je frissonne,
Je tangue, je chavire, et comme la rengaine,
Je vais, je viens, je vire, je me tourne, je me traîne,
Ton image me hante, je te parle tout bas,
Et j'ai le mal d'amour, et j'ai le mal de toi,

Marienbad, sur l'amour perdu :

C'était un grand château, au parc lourd et sombre,
Tout propice aux esprits qui habitent les ombres,
Et les sorciers, je crois, y battaient leur sabbat,
Quels curieux sacrifices, en ces temps-là,
J'étais un peu sauvage, tu me voulais câline,
J'étais un peu sorcière, tu voulais Mélusine,

Je me souviens de toi
De tes soupirs malades,
Là-bas, à Marienbad,
A Marienbad,
Mais où donc êtes-vous ?
Où sont vos yeux de jade,
Si loin de Marienbad,
Bien loin de Marienbad,

Et Le soleil noir sur la dépression, qui est ma préférée de Barbara (je suis gaie parfois comme fille) :

Pour ne plus, jamais plus, vous parler de la pluie,
Plus jamais du ciel lourd, jamais des matins gris,
Je suis sortie des brumes et je me suis enfuie,
Sous des ciels plus légers, pays de paradis,
Oh, que j'aurais voulu vous ramener ce soir,
Des mers en furie, des musiques barbares,
Des chants heureux, des rires qui résonnent bizarres,
Et vous feraient le bruit d'un heureux tintamarre,
Des coquillages blancs et des cailloux salés,
Qui roulent sous les vagues, mille fois ramenés,
Des rouges éclatants, des soleils éclatés,
Dont le feu brûlerait d'éternels étés,

Mais j'ai tout essayé,
J'ai fait semblant de croire,
Et je reviens de loin,
Et mon soleil est noir,
Mais j'ai tout essayé,
Et vous pouvez me croire,
Je reviens fatiguée,
Et j'ai le désespoir,

Légère, si légère, j'allais court vêtue,
Je faisais mon affaire du premier venu,
Et c'était le repos, l'heure de nonchalance,
A bouche que veux-tu, et j'entrais dans la danse,
J'ai appris le banjo sur des airs de guitare,
J'ai frissonné du dos, j'ai oublié Mozart,
Enfin j'allais pouvoir enfin vous revenir,
Avec l'œil alangui, vague de souvenirs,
Et j'étais l'ouragan et la rage de vivre,
Et j'étais le torrent et la force de vivre,
J'ai aimé, j'ai brûlé, rattrapé mon retard,
Que la vie était belle et folle mon histoire,

Mais la terre s'est ouverte,
Là-bas, quelque part,
Mais la terre s'est ouverte,
Et le soleil est noir,
Des hommes sont murés,
Tout là-bas, quelque part,
Les hommes sont murés,
Et c'est le désespoir,

J'ai conjuré le sort, j'ai recherché l'oubli,
J'ai refusé la mort, j'ai rejeté l'ennui,
Et j'ai serré les poings pour m'ordonner de croire,
Que la vie était belle, fascinant le hasard,
Qui me menait ici, ailleurs ou autre part,
Où la fleur était rouge, où le sable était blond,
Où le bruit de la mer était une chanson,
Oui, le bruit de la mer était une chanson,

Mais un enfant est mort,
Là-bas, quelque part,
Mais un enfant est mort,
Et le soleil est noir,
J'entends le glas qui sonne,
Tout là-bas, quelque part,
J'entends le glas sonner,
Et c'est le désespoir,

Je ne ramène rien, je suis écartelée,
Je vous reviens ce soir, le cœur égratigné,
Car, de les regarder, de les entendre vivre,
Avec eux j'ai eu mal, avec eux j'étais ivre,
Je ne ramène rien, je reviens solitaire,
Du bout de ce voyage au-delà des frontières,
Est-il un coin de terre où rien ne se déchire ?
Et que faut-il donc faire, pouvez-vous me le dire ?
S'il faut aller plus loin pour effacer vos larmes,
Et si je pouvais, seule, faire taire les armes,
Je jure que, demain, je reprends l'aventure,
Pour que cessent à jamais toutes ces déchirures,

Je veux bien essayer,
Et je veux bien y croire,
Mais je suis fatiguée,
Et mon soleil est noir,
Pardon de vous le dire,
Mais je reviens ce soir,
Le cœur égratigné,
Et j'ai le désespoir,
Le cœur égratigné,
Et j'ai le désespoir...

Mêlant enfance et amour dans Sans bagages :

Le jour où tu viendras, le jour où tu viendras,
Le jour où tu viendras, ne prends pas tes bagages.
Que m'importe, après tout, ce qu'il y aurait dedans,
Je te reconnaitrai à lire ton visage.
Il y a tant et tant de temps que je t'attends.
Tu me tendras les mains, je n'aurai qu'à les prendre
Et consoler les voix qui pleurent dans ta voix.
Je t'apprivoiserai, les lumières éteintes.
Tu n'auras rien à dire, je reconnaitrai bien

Le tout petit garçon, le regard solitaire
Qui cachait ses chagrins dans les jardins perdus,
Qui ne savait jouer qu'aux billes ou à la guerre,
Qui avait tout donné et n'avait rien reçu.

Si je venais vers toi, je viendrais sans bagages.
Que t'importe, après tout, ce qu'il y aurait dedans.
Tu me reconnaîtrais à lire mon visage.
Il y a tant et tant de temps que tu m'attends.
Je te tendrais les mains, tu n'aurais qu'à les prendre
Et consoler les voix qui pleurent dans ma voix.
Tu m'apprivoiserais, les lumières éteintes.
Je n'aurais rien à dire, tu reconnaîtrais bien

La toute petite fille, aux cheveux en bataille
Qui cachait ses chagrins dans les jardins perdus
Et qui aimait la pluie et le vent et la paille
Et le frais de la nuit et les jeux défendus.

Quand viendra ce jour-là, sans passé, sans bagages,
Nous partirons ensemble vers un nouveau printemps
Qui mêlera nos corps, nos mains et nos visages.
Il y a tant et tant de temps que l'on s'attend.
A quoi bon se redire les rêves de l'enfance,
A quoi bon se redire les illusions perdues ?
Quand viendra ce jour-là, nous partirons ensemble,
A jamais retrouvés, à jamais reconnus.

Le jour où tu viendras, le jour où tu viendras,
Il y a tant et tant de temps que je t'attends...

Par Mimy
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Mardi 19 juin 2007

Je fais juste un petit saut entre deux révisions pour vous parler d'un de mes romans préférés, Villette, écrit par mon écrivain préférée, Charlotte Brontë. (parce que sinon, en cas de silence trop prolongé, je sens que je vais me faire tirer les oreilles par mes co blogueuses ^^); En fait, mon roman préféré reste Jane Eyre, mais je préfère vous parler d'un chef d'oeuvre injustement méconnu.

 

Villette est le dernier roman de Charlotte Brontë, publié en 1852. A travers l'histoire de Lucy Snowe, la romancière anglaise évoque en filigrane son séjour à Bruxelles et ses sentiments pour le professeur Heger. Par égard pour la famille Heger, Charlotte Brontë en avait interdit la traduction en français ... Heureusement pour nous, il y a prescription !

 

 

L'histoire : Villette s'ouvre sur la visite biannuelle de Lucy Snowe, alors toute jeune fille, chez sa marraine, Mrs Bretton. Pendant son séjour, Lucy Snowe partage sa chambre avec une fillette de 7 ans, fille d'un ami de la famille. Paulina Mary Home, également appelée Missy ou Polly, souffre énormément de l'absence de son père, parti rendre visite à des amis en France. Elle finit néanmoins par s'attacher au fils de Mrs Bretton, John Graham, âgé de 16 ans. Au bout de quelques semaines, les routes de tout ce petit monde se séparent, et ce pour longtemps puisque personne ne garde contact.

Après une ellipse de 8 années, on retrouve Lucy Snowe, désormais sans famille et sans amis, devenue la dame de compagnie de Miss Marchmont. A la mort de la vieille dame, La jeune fille, désormais sans ressources, décide subitement de quitter l'Angleterre pour le continent, afin de tenter sa chance. Pendant la traversée, elle fait la connaissance de Miss Ginevra Fanshawe, qui se rend dans un pensionnat tenu par une certaine Mme Beck. Lucy Snowe "atterrit" à Villette, capitale du grand royaume de Labassecour. A son arrivée, complètement perdue dans cette ville dont elle ne parle pas la langue (le français), elle est secourue par un anglais, jeune, distingué et plutôt bel homme. Mais elle se perd encore et arrive finalement devant un pensionnat de demoiselles, tenu par ... Mme Beck. Marquée par la coïncidence, Lucy lui propose ses services. Le soir même, elle est engagée en qualité de gouvernante/camériste, puis de professeur d'anglais.

Commence alors pour Lucy une vie bien réglée, égayée par les visites du Dr John (le beau jeune homme secourable), par les manigances de Mme Beck, qui prend plaisir à espionner tout le monde, et par les remontrances de Mr Paul Emmanuel, l'horripilant (et désopilant) professeur de littérature, accessoirement le cousin de Mme Beck. Ce petit bonhomme maigre, surexcité, susceptible, fervent catholique, chauvin, ne cesse de pourrir la vie de Lucy, anglaise et protestante de surcroît. Un vrai Napoléon en puissance. Mais la jeune fille ne se laisse pas faire ...

 

 

 

Mon avis : J'adore ce roman, c'est un petit bijou ciselé par le style si caractéristique de Charlotte Brontë.

Pour synthétiser grossièrement, Villette nous présente deux facettes : une  face souriante, voire même hilarante, et une face beaucoup plus sombre.

 

          Côté pile : Les savoureuses confrontations entre les deux personnages principaux, Lucy Snowe et M. Paul Emmanuel en sont une parfaite illustration .

Pauvre mais indépendante et volontaire (comme Jane Eyre d'ailleurs), Lucy Snowe n'hésite pas à prendre sa vie en main et à se lancer dans un monde totalement inconnu. Romantique mais réaliste.
Timide mais caustique, elle porte un regard perspicace et moqueur sur le monde extérieur et n'hésite pas à répondre vertement à Miss Ginevra Fanshawe, coquette de son état (et qui lui est bien supérieure par son rang), et à l'austère et susceptible Mr Paul.
Lucy Snowe est totalement libre, elle n'a pas ce respect des convenances qui retient encore un peu Jane Eyre.

Mr Paul (Carl David) Emmanuel, quant à lui, est ... indescriptible ^^ : petit, colérique, susceptible comme personne, lunatique (Mr Rochester, à côté de lui, c'est un agneau !), auto proclamé gardien de la morale, fouineur, indélicat, gourmand, et j'en passe. Et pourtant (ou à cause de çà, allez savoir ^^), je l'adore.

 Je vous laisse imaginer les étincelles que peuvent produire ces deux personnages lorqu'ils sont en présence l'un de l'autre.

          Côté face : il faut se rappeler que Charlotte Brontë entame la rédaction de cet ultime roman au sortir d'une période assez douloureuse, tant sur le plan personnel (la mort de ses soeurs et de son frère) que "professionnel" (le peu de succès qu'a rencontré Shirley, son précédent roman, et la difficulté qu'elle a à gérer la perte de son anonymat).

Les rues tortueuses de Villette sont baignées de ce "spleen". La description des sentiments et des réflexions profondes de Lucy met en lumière une tristesse, une détresse même, que rien ne pourra jamais combler ... La solitude est au centre du roman ... solitude dûe au déracinement, solitude dûe à la mort, à l'incomprehension ...

Le roman oscille sans cesse entre ces deux tonalités, à l'image même du patronyme de l'héroïne : Lucy Snowe : la lumière (lux) et la neige (snow). A l'image même de l'excipit ...

 

J'aurais été très heureuse de vous parler d'une quelconque adaptation de ce roman, mais malheureusement, Villette n'a fait l'objet que d'une seule adaptation qui date de 1970, et qui est à l'heure actuelle introuvable !!!

Donc à tout hasard, si un réalisateur en panne d'idée se perdait par inadvertance sur ce blog ...

 

Par mimidd
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Vendredi 6 juillet 2007

L'année universitaire est décalée en Allemagne, par rapport à la France. Nous avons nos examens en Juillet-Août. En pleine révision, je passe juste le temps d'une pause.

Je suis toujours en train de travailler sur Camus (ça fait des mois, je traîne c'est une véritable honte !). Dès ses premiers bouquins, on l'a associé au mouvement existentialiste, on l'a décrit comme un "philosophe désespéré", je ne comprends pas trop; Camus n'a quand même pas grand-chose de désespéré. Au contraire, il est lumineux, c'est un optimiste forcené. Dans aucun de ses écrits; on ne retrouve le ton de lucide désespoir, de dureté sartrienne. C'est étonnant, à croire que les critiques littéraires ne savent parfois pas lire ou ne font pas l'effort de comprendre ce qu'ils lisent ! Où se trouve le Camus désespéré ? Il essaie de trouver des lueurs d'espoir dans tous les aspects de la condition humaine. Même les livres qui semblent les plus tragiques ne sont pas dénués de fol optimisme. Chez le condamné à mort Meursault, il y a l'amour de la vie, ce sentiment qu'il n'avait jamais connu, qui ressurgit à la veille de son exécution, et tous les regrets qui s'ensuivent. Dans ce passage de Meursault en prison, Camus a décrit de douces impressions comme : "La merveilleuse paix de cet été endormi entrait en moi comme une marée." ou encore : "Dans l'obscurité de ma prison roulante, j'ai retrouvé un à un, comme du fond de ma fatigue, tous les bruits familiers d'une ville que j'aimais et d'une certaine heure où il m'arrivait de me sentir content. Le cri des vendeurs de journaux dans l'air déjà détendu, les derniers oiseaux dans le square, l'appel des marchands de sandwiches, la plainte des tramways dans les hauts tournants de la ville et cette rumeur du ciel avant que la nuit bascule sur le port, tout cela recomposait pour moi un itinéraire d'aveugle, que je connaissais bien avant d'entrer en prison." Chez Caligula, l'empereur assassiné, il y a aussi ce regret d'une vie gâchée, lorsqu'il entend venir ses assassins, il s'écrie : "Je n'ai pas pris la voie qu'il fallait, je n'aboutis à rien. Ma liberté n'est pas la bonne." Personnellement j'adooore le lyrisme camusien, pour quelqu'un comme moi en mal d'héroïsme hihi, je trouve que les héros de Camus sont tous des modèles. Leur auteur lui-même a fait preuve de beaucoup de courage en tant que résistant pendant la seconde guerre mondiale. Camus est fondamentalement un moraliste, il n'est pas philosophe au même sens que Sartre. Je vais sans doute dire une grossièreté; mais Camus manie bien mieux les sentiments que les idées d'après moi. Il est d'une génération de romantiques modernes.

Ci-dessous les citations que je préfère, tirées du Mythe de Sisyphe :      

 

  "C'est qu'en vérité le chemin importe peu, la volonté d'arriver suffit à tout".

"La pensée d'un homme est avant tout sa nostalgie."

"L'absurde, c'est la raison lucide qui constate ses limites."

"Maintenant, il s'agit de vivre".

"Il n'y a d'amour généreux que celui qui se sait en même temps passager et singulier."

"Un destin n'est pas une punition".

"L'oeuvre d'art naît du renoncement de l'intelligence à raisonner le concret."

"Créer, c'est vivre deux fois."

"Créer ou ne pas créer, cela ne change rien. Le créateur absurde ne tient pas à son oeuvre. Il pourrait y renoncer, il y renonce quelquefois. Il suffit d'une Abyssinie".

"Commencer à penser, c'est commencer d'être miné". 

    "Se tuer, dans un sens, et comme au mélodrame, c'est avouer. C'est avouer qu'on est dépassé par la vie ou qu'on ne la comprend pas".  

 

      "Mourir volontairement suppose qu'on a reconnu, même instinctivement, le caractère dérisoire de cette habitude, l'absence de toute raison profonde de vivre, le caractère insensé de cette agitation quotidienne et l'inutilité de la souffrance".   

    "Devenir dieu c'est simplement être libre sur cette terre, ne pas servir un être immortel".

"De même, l'homme absurde, quand il contemple son tourment, fait taire toutes les idoles".

Par Mimy
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Mardi 21 août 2007

Don't worry, je ne vais pas vous inonder de spoilers sur le 7e tome (que j'ai dévoré en une journée, comme la majorité des fans, je crois ^^).

Harry Potter et moi, c'est une histoire pas si longue que çà ... Je suis une fille qui a toujours 2 wagons de retard en matière de best-sellers ... je me méfie toujours de ce que tout le monde voue aux nues ... donc je me suis abstenue pour le Da Vinci Code, et j'aurais mieux fait de m'abstenir en ce qui concerne Marc Levy o_O'.

 

Harry Potter, je lui ai résisté 10 ans ... Heureusement qu'il n'y a que les imbéciles qui ne changent pas d'avis ^^ . Lors de la sortie du premier tome, j'habitais dans un trou paumé de la Beauce profonde où la folie HP n'avait pas fait d'étincelles ... Par la suite, j'ai vu par hasard l'adaptation du premier volet lors d'une diffusion tv, et j'ai trouvé çà très bof ... pas de quoi fouetter un chat ... incompréhension devant les vagues soulevées par ce petit sorcier ... incompréhension qui s'est renforcée quand j'ai vu la première moitié de HP et la chambre des secrets (bah oui, j'ai pas tenu jusqu'à la fin du film o_O'). C'est à partir de ce moment que j'ai décidé qu'Harry et moi, ca n'allait pas le faire ...

 

Sautons quelques années ... novembre 2005 ... sortie en salles de HP et la coupe de feu ... avec dans le rôle du grand méchant Voldy, celui-qui-est-mon-acteur-préféré, j'ai nommé Ralph Fiennes ... Là encore, j'ai loupé le coche. Autant j'aime Ralph, autant j'avais détesté les deux premiers volets et demi, et je n'avais pas le courage de remettre çà, sans compter que j'allais être un peu perdue dans l'histoire ... Donc j'ai mis le film sur ma liste des films à voir, un jour, dans un moment de profond ennui ...

Un an plus tard (je sais, je suis longue à la détente), ayant déjà vu tous les films de Ralph qu'il m'était possible de voir, je me décide à visionner HP et la coupe de feu ... pas le coup de foudre, mais beaucoup mieux que les précédentes adaptations que j'avais vues. Et pis Ralph, même sans nez, ca le fait grave ^^

 

C'est à partir de ce moment que j'ai commencé à envisager très sérieusement la possiblilité de lire HP, afin d'en découvrir plus sur Voldy ^^. Et puis si on ajoute le lobbying très très très convaincant de certains membres de mon Auberge préférée 

 

http://the-inn-at-lambton.cultureforum.net/index.htm

 

comment résister plus longtemps ?

Donc pleine d'appréhension, je commence la lecture du tome 1, puis celle du 2, et j'enchaine avec le tome 3.  Je tombe sous le charme d'un certain loup garou (déjà que sous sa forme humaine, je l'adore, alors quand il se métamorphose en mon animal préféré, je suis irrécupérable ???). Je regarde l'adaptation d'HP et le prisonnier d'azkhaban, et je plonge encore plus sous le charme dudit loup garou ??? ... Je commence à lire HP et la coupe de feu en anglais, mais pour des raisons indépendantes de ma volonté (du genre comment rater un ratage de concours ^^), ma découverte d'HP s'arrête là

 

Début juillet, je me rappelle soudainement que le 5eme volet d'HP va bientôt sortir au ciné, et donc j'enchaîne les tomes 4 (en francais), 5 et pis 6, comme ca je suis parée pour la sortie de The Deathly Hallows ; )

 

ouf, ca y est, la boucle est bouclée, en 6 mois, j'ai rattrapé avec bonheur mes 10 ans de retard ... J'aime vraiment beaucoup HP, même si je ne suis pas devenue une Pottermaniaque : je n'ai pas grandi avec les personnages, je n'ai pas eu le temps de faire des conjectures sur leur évolution, il n'y a pas eu toute cette attente entre les différents tomes. Bref, je ne suis pas dans le même état d'esprit que quelqu'un qui aurait suivi la saga depuis le début. Je me sens vraiment extérieure à toute la folie déclenchée. De même, je ne suis pas vraiment fan du personnage d'Harry, je préfère de loin Rémus, Neville, Luna ou encore Ron.

Mais au final, quelque soit notre chouchou ou notre humeur du moment, on y trouve notre compte. HP, c'est super bien, que l'on ait 7 ou 77 ans   ; ) . Et les adaptations sont loin de refléter toute la profondeur et la richesse des romans

Avis aux quelques irréductibles qui n'auraient pas encore succombé ^^

Par mimidd
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