Un reportage de Manon Loizeau et Alexis Marant qui a reçu le prestigieux prix des journalistes, Albert Londres. Il a déjà été diffusé sur Arte en Octobre 2006. Mais je pense qu'il faut en parler beaucoup plus car c'est un sujet alarmant !
"On trouve tous les jours des bébés filles morts dans les buissons. J'ai voulu prendre une photo de celles que j'avais trouvées en un mois. Je n'ai jamais pu la montrer. Elle était trop horrible", raconte le responsable d'une association.
Les raisons ? Dans ces pays écrasés par les croyances ancestrales et les traditions, les filles sont considérées comme coûteuses et inutiles. En Inde, au Pakistan : la dot pour le mariage, la pression sociale.., en Chine : la politique de l'enfant unique, la misère souvent comme explication.. Mais on retrouve ces pratiques dans toutes les couches sociales.
100 millions, c'est le nombre de petites filles qu'il manquerait dans le monde aujourd'hui. Ce sont les "Missing Women" : "les femmes manquantes" comme les a définies l'Indien Amartya Sen, Prix Nobel d'économie en 1998. L'absence de femmes en Asie aura, à terme, des conséquences politiques et sociales pour le monde entier.
Le déséquilibre qui se développe depuis vingt ans déjà annonce un bouleversement démographique sans précédent. Avortements sélectifs massifs, infanticides, ces "disparues", ces "effacées" n'ont même pas eu le droit élémentaire d'"exister".
C'est en Asie surtout que le fléau est le plus répandu. Dans certaines régions chinoises sans femmes on constate les conséquences dramatiques de ce déséquilibre de la population. Régions où les autorités dépassées par leurs propres erreurs lancent aujourd'hui des campagnes pour "chérir les filles". "Ayez des filles" disent les slogans… Douloureuse ironie de l'histoire.
"Recueillir la parole des femmes elles-mêmes, ces mères qui ont tué ou empêché de naître ces filles fut très compliqué", relate Manon Loizeau, car "elles n'ont souvent pas conscience d'avoir commis un crime". Les rencontres ont nécessité un long travail d'approche, notamment grâce à l'ONG Terre des hommes. La reporter explique que "les mères infanticides que nous avons par exemple filmées dans le Tamil Nadu sacrifient leurs enfants parce qu'elles n'ont pas assez d'argent pour les nourrir et que la communauté ne leur laisse pas le choix". Les témoignages de ces femmes infanticides sont d'une grande pudeur. Souvent, c'est la première fois qu'elles se confient ainsi, ne s'étant jamais permis d'exprimer leur douleur. Au début, elles décrivent "froidement comment elles ont tué leur nouveau-né". Il faut du temps pour "qu'elles confient leurs émotions" mais "une fois la parole libérée, c'était bouleversant".
Pour lutter contre ce fléau, il faudrait changer les mentalités, estime Manon Loizeau . "Les femmes indiennes doivent cesser de se dire qu'elles valent moins que les hommes. En dehors de la pression sociale et du poids des traditions, elles se nient elles-mêmes le droit d'exister. Souvent elles refusent de donner naissance à des filles pour ne pas leur faire subir ce qu'elles-mêmes ont enduré".
La conséquence concrète de tout ça c'est le désoeuvrement des millions d'hommes (pauvres mais pas forcément) qui ne savent comment faire face à l'absence de femmes. Des villages entiers se forment avec uniquement des célibataires, des hommes qui n'ont aucune chance de trouver une épouse, on les appelle les "bachelors villages".
Les conséquences à longs termes sont faciles à prévoir : dans 10 ans, les experts estiment qu'il manquera environ 200 millions de femmes !
Ce que nous savons déjà c'est que l'espèce humaine a une constante biologique : il naît 105 garçons pour 100 filles. Il y aurait donc déjà un déséquilibre des sexes à la base. Cependant dans certaines régions de l'Inde, on constate 125 naissances de garçons pour 100 naissances de filles, ce qui est tout à fait préoccupant. Car, les femmes arrivées à l'âge de procréer feront peu d'enfants, étant peu nombreuses. Leur génération ne sera pas remplacée (pour 105 garçons pour 100 filles, il faut 2,1 enfants en moyenne, mais pour 120 garçons pour 100 filles il en faudrait 2,25 !). Ces pays connaîtront un ralentissement de la démographie et un vieillissement rapide !
De plus, les familles de ces rares femmes auront l'embarras du choix et donneront leur fille au plus offrant. Les citadins iront chercher leur femme à la campagne et les campagnards se tourneront vers les femmes des montagnes. Il se créera une situation qui déstabilisera tout le pays puisqu'on trouvera des communautés d'hommes jeunes, pauvres et définitivement célibataires dans les régions les plus reculées du pays. L'Etat chinois s'inquiète déjà de cette conséquence car ces hommes se tournent généralement vers le banditisme et sont potentiellement dangereux pour la société. Sans parler des femmes violées ou enlevées.
Voir le reportage : http://www.dailymotion.com/video/xjrz3_un-genocide-silencieux

J'ai reçu un mail d'une copine de Lyon, pour m'apprendre un terrible évènement. J'avais déjà pas très envie de rentrer..

Commentaires